Malgré les mises en garde du Ministère des affaires étrangères aux voyageurs, nous avons décidé de sillonner durant trois semaines la Turquie de l'Est.
Notre voyage commencera à Sanli Urfa et s'achèvera à Trabzon (l'ancienne Trébizonde) située sur la mer Noire.
Urfa, la glorieuse, est une ville de pélerinage non loin de la frontière syrienne. Abraham s'y serait arrêté et prêchant pour le dieu unique, fût condamné par Nemrod au bûcher. Dieu transforma le
feu en eau et les bûches en poissons !
Les carpes du bassin de Gölbasi entretiennent la légende.
La mosquée Rizvaniye (1716)
Il est également agréable de flâner dans les ruelles du bazar, authentique, avec les vieux métiers et les senteurs d'épices.
Après avoir visité Urfa, nous prenons possession de notre voiture de location chez Avis après quelques péripéties toutefois. La voiture réservée par internet n'est pas là !
Nous devons attendre 4 heures qu'un véhicule soit acheminé à Urfa depuis Diyarbakir !
En attendant, Békir, le patron de l'agence, nous offre le déjeuner dans son restaurant. C'était très bon. Merci Békir !
Nous voilà donc motorisés, Fiat Albea, 180 000 kms au compteur tout de même, mais elle fera le voyage sans problèmes !
Direction Nemrut Dagi par Adiyaman et le barrage Atatürk sur l'Euphrate, l'un des plus grands du monde qui permet la mise en culture de terres auparavant arides.
Nous arrivons au village de Karadut le soir, à 12 kms du sommet du Nemrut.
Nous monterons le lendemain, ni au lever, ni au coucher du soleil afin d'éviter les cohortes de touristes venus en autobus depuis la Cappadoce.
A10 heures au sommet, nous sommes seuls à profiter du spectacle : vue époustouflante, statues étonnantes.
Le sanctuaire d'Antochios 1er, roi de Commagène, est un tumulus de pierres qui comporte trois terrasses (est, nord et ouest), sur lesquelles se dressent des statues colossales représentant des
divinités assises sur leurs trônes.
Les statues n'ont pas bougé mais les têtes sont à terre.
Du Nemrut Dagi, nous redescendons par Arsameia qui fut la capitale des Commagènes. Les paysages sont magnifiques. .
Nous nous arrêtons au hierothésion de Mithridate 1er : stèle où sont représentés vraisemblablement Antiochos 1er accueillant le héros grec Héraclès.
Nous aurons également l'occasion de voir un très beau pont romain à Cendere Köprüsü et le tombeau des reines de Commagène : tumulus de Karakus.
Nous poursuivrons ensuite notre route vers Diyarbakir par Siverek. Le barrage Atatürk ayant noyé la route, nous emprunterons le bac.
Celui-là ?
L'angoisse nous étreint !
Ce sera celui-ci, un peu plus récent, certes, mais bien chargé !
Au premier plan, notre superbe fiat blanche !
Arrivée à Diyarbakir, capitale kurde, ceinte de remparts en basalte.
C'est une ville très pauvre qui a vu affluer de nombreux paysans chassés de leurs villages.
Le résultat : la misère et il ne fait pas toujours bon flâner au pied des remparts qui offrent pourtant une très belle vue sur le Tigre.
Diyarbakir ne sera donc qu'une halte en direction de Mardin, notre prochaine étape.
Mardin est accrochée au flanc d'une colline à 1200 m d'altitude et domine la plaine mésopotamienne jusqu'à la frontière syrienne.
La vieille ville a beaucoup de charme. Les nombreuses maisons en pierre finement sculptées, couleur miel, sont superbes surtout au coucher du soleil.
Mardin, était et reste encore une ville multiculturelle où se cotoient Turcs, Kurdes, Syriaques, Chaldéens, Arabes, Arméniens.
Tout le monde y vivait en bonne harmonie jusqu'en 1915, date à laquelle les Arméniens et autres chrétiens furent massacrés.

Il reste tout de même en activité, une très belle église : l'église des 40 martyrs de rite
syriaque.
La médersa Sultan Isa est également magnifique, de même que le minaret du 14ème siècle de la mosquée Sehidiye Camii, superbement scuplté et entouré de colonnades
.
Le bazar de Mardin est unique, situé dans des venelles en contrebas de la rue principale et où seuls les ânes et mulets portent les lourdes charges.
Les environs de Mardin sont également riches de sites à visiter :
Le monastère de Deyrul Zafahran : haut lieu de l'église orthodoxe syrienne, il a été fondé en 493.
Les offices y sont donnés en araméen (syriaque) la langue du Christ.
A une quarantaine de kilomètres de Mardin, le village de Savur comporte également de belles maisons de pierre sculptées lui valant le surnom de petit Mardin. Nous sommes loin tout de même de la
beauté de Mardin.
Pour nous, ce sera une halte très agréable pour déjeuner au bord de la rivière confortablement installés.
Encore quelques kilomètres, et nous arriverons au village de Dereiçi : village de maisons en pierres abandonnées par leurs occupants chrétiens, chassés ou massacrés.
De retour à Mardin et après tant de nourritures spirituelles, nous ne manquons pas d'aller dîner au Cercis Murat Kongi, restaurant installé dans une splendide demeure ancienne et qui sert des
spécialités de la région.
C'est un restaurant particulier en Turquie, car créé par une femme qui n'emploie comme cuisinières que des femmes de la région, ce qui est une gageure dans ce pays de machos patentés !
C'était vraiment excellent !
Nous quitterons Mardin enchantés de notre séjour et nous dirigerons vers Tatvan au bord du lac de Van, non sans faire une halte au village de Hasankeyf.
Malheureusement, ce jour là, à partir de Midyat, une brume de chaleur nous entoure qui ne nous quttera qu'arrivés à Bitlis.

Hasankeyf nous est donc apparu à travers un halo accrochée à la falaise criblée de grottes
au bord du Tigre.
Le fleuve coule entre les vestiges d'un pont médiéval dominé par l'élégant minaret de la mosquée du 15ème.
Le village est dominé par une forteresse de l'époque Ayyoubide du 13 ème siècle.
Tout cela pourrait bien disparaître puisqu'un projet de barrage risque de noyer cette partie du Tigre.
Dommage ! Il est si agréable de déjeuner les pieds dans le fleuve !
Après Hasakeyf, nous quittons la plaine mésopotamienne et sa chaleur parfois étouffante (45° à Urfa) pour la montagne et les steppes.
Un arrêt à Bitlis à la recherche d'un bon simit * et d'un visne * et nous arrivons au bord du lac de Van à 1700 m d'altitude, à Tatvan.
Quelques difficultés pour trouver un hôtel, ils ne sont pas nombreux et complets lorsque nous arrivons. Nous en trouverons un rustique mais propre.
.
Le lendemain, nous montons au Nemrut Dagi (deux montagnes portent le même nom en Turquie) : celui-ci est un volcan, assoupit mais non éteint.

Mehmet est notre guide. Durant l'année scolaire, il est prof d'anglais. Il est très sympathique
et nous emmène dans le cratère du volcan occupé par trois lacs.
C'est une superbe excursion : très beaux paysages, baignade
dans le lac et sources chaudes.
Sur le chemin de Van, nous nous arrêtons pour visiter l'ilôt d'Akdamar sur lequel est niché un joyau : une des plus belles églises arméniennes :

L'église de la Sainte Croix, du 10ème siècle
Van est une ville kurde beaucoup moins austère que Diyarbakir. C'est une ville étudiante. Beaucoup de monde défilent sur les trottoirs de l'avenue principale bordés de boutiques à la mode
(occidentale).
Tous les styles se côtoient notamment chez les femmes :
- celles vêtues à l'occidentale
- celles vêtues à l'occidentale avec un foulard
- celles avec foulard et long manteau (pas très esthétique)
- celles en hidjab noir.
Dans les environs, deux sites sont intéressants :
Cavustepe est une ancienne forteresse ourartéenne. Nous sommes seuls à visiter ce site et nous avons la chance de croiser l'archéologue qui l'a découvert. Il est l'une des rares personnes au monde
à parler l'ourartéen et à en avoir déchiffré le langage. L'écriture est cunéiforme. Il était passionnant.
En chemin vers le château fort d'Hosap, les travaux des champs battent leur plein.
Le château d'Hosap est perché sur un monticule dans un paysage totalement minéral en allant vers l'Iran. Il domine un village au joli nom de Güzelsu ce qui signifie Belle eau. Une rivière y coule
effectivement mais malheureusement l'eau n'y est pas belle puisque transformée en décharge !
Après Van, nous retrouvons les paysages de steppe en poursuivant notre route vers Dogubayazit : la ville la plus orientale de Turquie.
La route est superbe. D'énormes champs de lave de chaque côté au bien du volcan qui s'est épanché là.
Nous aurons à nouveau un contrôle militaire puisque la route longe la frontière iranienne, zone sensible car zone de grands trafics.
Ensuite, c'est la descente sur Dogu avec en toile de fond le mont Ararat dont nous devinons le sommet à travers les nuages.
Après notre installation à l'hôtel, nous monterons visiter le palais d'Itschak Pasa perché sur un monticule minéral dominant la ville.
C'est un palais des 1001 nuits construit par un prince Kurde et son fils au XVIIème siècle.
Très moderne, ce palais : eau courante chaude et froide, tout à l'égoût et chauffage central.
En redescendant du palais, oh ! miracle, le mont Ararat est sorti des nuages et dévoile sa couronne de neiges éternelles. Il culmine à 5165 m d'altitude et constitue donc le plus haut sommet de
Turquie.
Nous ne chercherons pas l'Arche de Noë, nous nous contenterons d'admirer !
Assez longue étape que la suivante, qui nous ménera à Kars.
Ville d'altitude, Kars fut longtemps occupée par les Russes et en a conservé quelques demeures. Mais hormis la citadelle, tout semble à l'abandon dans cette ville qui vivait grâce au commerce
avec l'Arménie voisine, stoppé net en 1993 par le gouvernement turc.
Depuis la citadelle, nous avons une vue plongeante sur Kars avec une belle église transformée en mosquée et à 16h20, c'était l'appel à la prière du muezzin. Nous avons compté au moins 15 mosquées
mais apparemment aucune n'a la même heure ! Et c'est une cacophonie très drôle que nous entendons !
Mais l'intérêt de Kars réside ailleurs..A 40 kms à l'est, à la frontière arménienne, se trouve Ani, ancienne capitale du royaume arménien détruite par un tremblement de terre au
XIV ème siècle.
En chemin, nous sommes intrigués, par la présence dans le village de Subatan, d'une stèle commémorative flambant neuve.
La voici :
Inaugurée en 1992 par le gouverneur de Kars, elle y relate un massacre qui aurait été perpétré par les Arméniens en 1918 !
Tous les Arméniens réfugiés dans la citadelle de Kars, lors du génocide en 1915, ont été massacrés jusqu'au dernier : nulle trace de plaque commémorative.
Subatan est-il un village martyre ou une supercherie ??
Au bout de notre route, les remparts d'Ani apparaissent.
Ani était appelée la ville aux 1001 églises. Peu ont résisté mais le site est superbe.
La rivière sert de frontière avec l'Arménie
Sur le chemin du retour, scène de la vie rurale.
Quittant Kars, nous allons laisser les paysages de steppes sèches. Nous monterons dans les steppes d'altitude au climat rude, très froid l'hiver et chaud l'été.
Durant l'estive, les campements de toile sont nombreux, les paysans font paître les troupeaux. Ce sont de superbes paysages que nous traversons.
Les femmes sont très actives, elles préparent des
galettes en bouses de vache qu'elles feront séchées
et qui serviront de combustibles pour l'hiver.
Nous redescendons ensuite le long d'une très belle route pour atteindre la face sud des Monts Kaçkar qui forment la zone nord de la chaîne Pontique.
La face sud est assez sèche mais coupée de profondes vallées verdoyantes.
C'est dans le village de Yusufeli que nous séjournerons, au bord de la Coruh river.
Nous allons remonter cette rivière (connue par les amateurs de rafting), sur une trentaine de kilomères, par une route étroite et sinueuse.
Tout au long de cette route, s'égrènent des villages aux maisons cablées : celles-ci sont en briquettes, en bois ou en pisé et pas toujours situées du bon côté de la rivière ! Aussi sont-elles
reliées à l'autre rive par des petites cabines accrochées à des câbles qui permettent le transport des marchandises et ...des hommes !
Ces villages sont habités essentiellement par des Lazes, ethnie caucasienne.
Au bout de ce périple (deux heures pour 30 kms), le petit village de Barhal qui abrite une très belle basilique géorgienne, malheureusement fermée.
Nous découvrons ici, de très beaux paysages de montagne qui nous donnent envie de passer de l'autre côté.
Par la montagne, à pied, 60 kms séparent Barhal d'Ayder notre prochaine étape.
Par la route, cela nous prendra presque toute la journée d'autant que nous aurons un assez long arrêt imprévu pour cause de construction de routes et barrages sur la route d'Artvin.
(Il y a beaucoup de routes et barrages en construction en Turquie de l'Est, seraient-ils adeptes du keynésianisme ??)
Après Artvin et avant d'arriver à Hopa, sur la mer Noire, nous voyons de nombreux petits arbustes verts accrochés aux flancs des montagnes.
Nous en retrouverons tout le long de la côte jusqu'à Rizé.
Ce sont des théiers : la Turquie est autosuffisante et
exporte même son thé.
Nous avons quitté la face sud des Monts Kaçkar pour aborder le nord.
Changement de décor, plus d'aridité, beaucoup de vert !
Nous serons à Ayder, petit village de montagne à 1200 m d'altitude dans la vallée de Camlihemsin.
Les Hemsin sont une ethnie caucasienne aux traditions encore vivaces.
L'été, ils sont dans les alpages. Nous les rencontrons.
Par contre, nous ne rencontrons, ni les loups, ni les
ours, ni les lynx qui peuplent ces montagnes.
Mais nous en verrons les traces en redescendant vers
le village.
Des paysans, peu prévoyant, ont laissé leurs ruches près du sol, de quoi attirer l'ami Ours qui a du bien se régaler étant donné les dégâts observés !
Ils auraient du prendre leurs précautions comme ceci :
Nous avons eu la chance de faire notre randonnée sous le soleil, mais il se cache vite pour laisser place à de gros nuages porteurs de pluie ce qui est très habituel dans le
secteur.
Nous quittons donc Ayder sous un ciel très menaçant pour rejoindre notre ultime étape, la ville de Trabzon.
Trabzon, l'ancienne Trébizonde a gardé de son passé byzantin, une très belle église.
Les fresques peintes à l'intérieur sont encore en bel état.
Trabzon renferme également une des maisons de Mustapha Kemal Atatürk, perchée sur l'une des collines dominant la ville.
Nous arrivons dans cette ville au début du Ramadan. Dans l'après-midi, il y a peu d'animation, cela se réchauffe un peu le soir, dans les rues piétonnes.
Il y a de nombreuses terrasses mais impossible d'y prendre un verre en journée ! C'est d'une tristesse !
Ils attendent tous l'heure de la rupture du jeûne, au son du canon ! Un quart d'heure avant l'heure fatidique, tout le monde est installé, fourchette à la main, et dès le coup de
canon, il n'y a plus que le bruit des mandibules : assez impressionnant, surtout dans une république qui se veut laïque !
Le lendemain de notre arrivée à Trabzon, nous ferons ce que font tous les touristes qui s'égarent par ici : la visite du monastère de Sumela.
Nous ne sommes pas déçus, c'est vraiment superbe : dans un cadre de montagne fantastique !
Quelques fresques sont bien conservées mais de nombreuses aussi sont dégradées.
Trabzon était la dernière étape de notre périple, mais avant de reprendre notre avion pour Paris, nous ferons une halte à Istanbul, le temps de revoir la Mosquée bleue, Sainte Sophie et
Topkapi.
Istanbul se fait de plus en plus belle pour être en 2010, capitale européenne de la culture.
Nos impressions de voyage : ce fût un superbe voyage. Très dépaysant. Ce n'est pas la Turquie de l'Ouest.
L'accueil est toujours très sympathique. Evidemment, nous ne passons inaperçus surtout dans certaines villes où il y a très peu de touristes occidentaux. C'est ce qui fait le charme et l'intérêt du
voyage.
Intéressant, ce voyage l'est à plusieurs titres : bien sûr, les sites visités sont très beaux, mais historiquement et géo-politiquement parlant c'est également passionnant.
L'est vit beaucoup de l'agriculture (la Turquie est l'un des 7 pays autosuffisant dans ce domaine au monde). Il y aurait de quoi prendre des leçons de développement durable.
Un seul bémol : la propreté mais à leur décharge (si je puis dire !), il y a peu d'infrastructures de collecte et de retraitement des déchets alors que des choses simples pourraient être
entreprises.
Contrairement à ce qui est annoncé sur le site du Ministère des Affaires Etrangères, nous n'avons eu aucun problème et c'est en toute sérénité que nous pourrions y retourner !
Voici les hôtels dans lesquels nous sommes descendus :
A URFA : hôtel Harran (avec piscine et ce n'est pas du luxe car il fait très chaud dans cette ville)
A Karadut (NEMRUT DAG) : pension Kervansaray
A DIYARBAKIR : BUYUK KERVANSARAY (également avec piscine accessible aux non-résidents : l'après midi il n'ya que des hommes !)
A MARDIN : Erdoba Evleri : hôtel de charme dans une vieille demeure : magnifique
A TATVAN : hôtel ATITLAR : très rustique ! Par contre, en ville un excellent restaurant de pide avec un patron des plus charmants (ou charmeur !)
A VAN : BUYUK (très bien)
A DOGUBAYAZIT : Hôtel Golden Hill (à éviter car louche et il faut négocier le prix)
A KARS : Sim Er Hôtel : Bien mais il est indispensable de négocier le prix beaucoup trop élevé pour la catégorie ***
A YUSUFELI : Hôtel Barcelona : très bien avec piscine tenu par un turc marié à une espagnole de Barcelone très sympathique (là aussi, très bonnes pide pas cher dans le village)
A AYDER : Hôtel Kervansaray : très bien style chalet tout en bois
A TRABZON : Hôtel Horon, en ville très bien situé, très sympathique
A ISTANBUL : Angel's garden boutique hotel : tout près du grand bazar : de nombreux sites accessibles à pied : une chambre à trois pour 59 €, ce n'est pas cher pour Istanbul. (hôtel récent et très
propre).